Rare pendule en bronze ciselé et doré à cadrans tournants

Mouvement de Verneaux à Paris.

Début de l’époque Louis XVI.

Reposant sur un contre-socle en bronze doré de forme carré, un socle en forme de colonne cannelée présente une base constituée d’une guirlande de chêne surmontée d’un ressaut formé par un motif d’entrelacs. Une guirlande et des couronnes de lauriers noués ornent le fut de la colonne.
Un vase ovoïde à panse godronnée, frise d’oves, feuilles d’acanthe et anses en formes de grecs ornées de fines cannelures reposant sur des têtes de bélier constitue la partie supérieure de l’ensemble. Son couvercle est orné d’un bouton feuillagé.
A mi-hauteur du vase, servant ainsi de caisse, cette pendule est pourvue d’un double cadran tournant métallique, la partie basse désignant les heures en chiffres romains, la partie supérieure les minutes en chiffres arabes, indiquées par un serpent enroulé autour du piédouche du vase.

S’inscrivant dans l’esprit du retour à l’Antique apparu au milieu du XVIIIe siècle, le modèle des pendules en forme de vase antique fut créé à Paris dans les premières années de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Permettant d’intégrer à l’oeuvre un cadran à cercles tournants particulièrement élégant qui rompait avec la tradition des cadrans circulaires émaillés, il connut rapidement un grand succès.

La composition de cette pendule peut être rattachée à l'oeuvre de l'un des plus importants bronziers parisiens de l'époque : Robert Osmond (1711-1789) ; tandis que son dessin s'inspire directement d'une aquarelle qui figure dans un album de dessins conservé à l'Institut national d'Histoire de l'Art à Paris.
Plusieurs pendules réalisées dans le même esprit sont connues, citons notamment un modèle signé Lepaute provenant des collections Demidoff qui a été vendu chez Christie's, à Londres, le 18 juin 1987, lot 104 et un autre, signé Osmond qui appartient aux collections du musée Zähringer à Baden-Baden.

Robert Osmond (1711-1789)

Né en Normandie, à Canisy, près de Saint-Lô en 1711, Robert Osmond fit son apprentissage dans l’atelier de Louis Regnard, maître fondeur en terre et en sable et fut reçu Maître Fondeur-ciseleur en 1746. Reconnu par ses pairs, il fut nommé juré de sa corporation en 1756.
En 1753 son neveu Jean-Baptiste Osmond (1742-après 1790) quitta la Normandie pour le rejoindre. Ce dernier, reçu maître en 1764, travailla après cette date avec son oncle ; leur collaboration fut si étroite qu’il est difficile de distinguer entre les contributions de l’un et de l’autre.
L’activité de Robert Osmond se situe entre la fin des années 1740 et le milieu des années 1770, puisqu’en 1781 il fut désigné comme ancien maître fondeur. Jean-Baptiste, qui continua de diriger l’atelier après le départ de son oncle, connut bientôt des difficultés et fit faillite en 1784. Son oncle Robert mourut en 1789.

Bronziers et ciseleurs prolifiques, s’illustrant d’abord dans le style rocaille, au début des années 1760, les Osmond surent s’adapter au nouveau style néoclassique.
Bien qu’ils aient produit toutes sortes de bronzes d’ameublement (chenets, appliques et encriers), ils sont surtout connu pour avoir laissé leur nom sur un assez grand nombre de pendules et de cartels dont les mouvements étaient confiés aux plus grands horlogers de l’époque comme Jacques Lepaute, Ferdinand Berthoud, Julien Le Roy, Jacques Lepaute, Robert Robin.
Ses oeuvres furent particulièrement prisées des grands collectionneurs et aristocrates. C’est ainsi que le fameux financier Beaujon et le Duc de Choiseul-Praslin possédèrent des pendules et cartels de sa production. Travaillant également pour l’un des plus grands marchand-mercier du XVIIIe siècle, M. Lazare-Duvaux, ils livrèrent également par son intermédiaire pour Louis XV des oeuvres destinées au château de Saint-Hubert et des Tuileries.

Evocateur du talent des Osmond, cette pendule illustre l’inventivité de ces derniers qui surent tôt s’adapter au néoclassicisme, utilisant vases antiques, anses en forme de grecs, colonne tronqué et guirlandes de laurier tout en parvenant à les assouplir grâce à la présence d’un serpent s’enroulant avec délicatesse autour du piédouche. La ciselure de ce dernier témoigne de plus de l’excellence du travail de ces artistes ayant atteint le plus haut niveau de maîtrise de leur art.

Bibliographie
P. Verlet, Les bronzes dorés français au XVIIIe siècle, Paris, 1987.

Dimensions :
Hauteur : 51 cm - 20 inches
Longueur : 23 ½ cm - 9 inches
Profondeur : 23 ½ cm - 9 inches