Une exceptionnelle paire d’appliques à deux bras de lumières, en bois sculpté, ajouré et doré, à deux tons d’or, d’après un dessin de Jean-Charles Delafosse

Début de l’époque Louis XVI.

Elles présentent chacune un important fût central formé de feuilles d’ornement situées audessus d’un cul-de-lampe à plinthe, d’une rangée de perles en corniche, de feuilles déployées et fuselées, se terminant par une pomme de pin.
Plus haut, le fût supporte deux puissants enroulements disposés en pan coupé, sommés d’un piédestal semi-circulaire à ôves en alternance avec des entrelacs, sur lequel repose un vase ovoïde à cannelures torsadées, frise de petites ôves et anses en anneaux, couronnés de bouquets de fleurs épanouis et de feuillages.
A mi-hauteur, émergent deux bras de lumière aux formes géométriques « à la Grecque », cannelés à l’extérieur, et jusqu’en haut desquels s’élèvent des feuilles.
Les bassins circulaire sont composés de petites perles, canaux élaborés, bordure de godrons et épis alternés.
Les bobèches à panses sont ornées de feuilles allongées.
Les bras de lumière sont reliés entre eux par de puissantes guirlandes ajourées de feuilles passant entre autre à travers les anses du vase, et en pendants sous les branches.

Jean-Charles DELAFOSSE ( 1734-1789)

Né à Paris en 1734 et fils d'un marchand de vin établi rue du Roi de Sicile, il amorça sa carrière comme apprenti chez le sculpteur Jean-Baptiste Poulet, directeur garde à l'Académie de Saint-Luc, voie qu'il semble avoir abandonnée rapidement.
La première oeuvre connue de Jean-Charles Delafosse remonte à l’année 1763. Il s’agit d’un dessin conservé aujourd’hui à la Bibliothèque de l’Ecole des Beaux-Arts présentant un Projet de piédestal pour le Roi.
Se présentant dès 1766 comme architecte, il publie alors un Mémoire pour une Boucherie et Tuerie générale servant à la consommation de la ville de Paris, laquelle Tuerie serait placée dans l'isle des Cygnes qui n’eut pas de suite.

Il est probable qu’il travaillait alors déjà au Recueil intitulé Nouvelle iconologie historique ou attributs hiéroglyphiques, qui ont pour objet les quatre éléments, les quatre parties du monde, les quatre saisons et les différentes complexion de l'homme, dédiée aux artistes par Ch. Delafosse, architecte, décorateur et professeur de dessins.
Celui ci, constitué de cent huit planche fut gravé et rassemblé en 10 cahiers par Delafosse et publié à Paris en 1768.

Ouvrage majeur, on y retrouve le dessin de notre paire d’appliques (FF Cahier de 6 Girandoles et Bras de cheminées 26, cah.5.
Vendu 48 livres, le Recueil comprenait au départ des séries de trophées caractérisés par un style néoclassique sévère.

Delafosse n'eut dès lors de cesse de compléter son oeuvre en y incluant des cahiers supplémentaires qui lui permirent de s'exprimer dans tous les domaines du décor intérieur et des arts décoratifs.

Il multiplia les modèles de meubles, de sièges, de luminaires, de vases et d'objets de toutes sortes qui, s'ils ne furent pas directement et fidèlement copiés par les artistes et artisans au même titre que le furent par exemple de nombreux meubles et objets dessinés par Lalonde, inspirèrent cependant considérablement la production de ces derniers.
Preuve de son succès, Delafosse rédigea une nouvelle version de son premier Recueil en 1771, avec le même titre, mais avec dix-huit cahiers au lieu de dix, édité par Daumont, rue Saint-Martin et Chereau, rue des Mathurins.

Entre 1773 et 1785, il publia, en sus de pièces indépendantes et d'un recueil des Ordres d'architecture, deux autres recueils principaux.

Le premier, intitulé Vingt-quatre différents cahiers de décoration, sculptures, orfèvreries et ornements divers qui complètent l'OEuvre de J. Ch. Delafosse et font suite à son Iconologie Historique, comprend également des oeuvres d'autres ornemanistes, tels que Puisieux et Le Canu.
Le second porte essentiellement sur l'ameublement, riche de 134 planches, dont certaines révèlent là aussi une collaboration avec d'autres artistes, rassemblant au total plus de 200 modèles.
La plus grande vertu de Delafosse fut son imagination qui le conduisit même à donner des noms de pure fantaisie à ses créations, parlant de « paphose en gondole », de « convalescente » ou « d'obligeante » pour désigner une bergère, ou encore une « veilleuse à la turque ».
Delafosse fut l'un des principaux initiateurs de ce « goût grec » qui fit fureur à Paris dans les années 1765.
En 1767, Delafosse se donnait lui-même le titre d'architecte et professeur pour le dessein, puis en 1775, celui d'adjoint à professeur de géométrie et perspective à l'Académie de Saint-Luc.
A la même époque, il déménagea de la rue Poissonnière et gagna la rue Neuve Saint-Martin.
Delafosse devint membre de l'Académie de Bordeaux en 1781, à la suite d'envois remarqués au Salon de cette ville.

Il influença nombre d'ornemanistes de la période Louis XVI, tels que Mathieu Liard, Boucher fils, Jean-François Forty, Lalonde, Prieur ou Aubert Parent. C’est ainsi lui qui semble leur avoir donné le goût des motifs antiques : le bucrane, la lourde draperie, le serpent, parfois même la congélation. Il est surtout caractérisé par l’emploi extensif de la guirlande, soit de laurier soit de chêne, soit de fleurs.
Delafosse s'éteignit à Paris en 1789.

Bibliographie :
Anne Droguet, Les styles Transition et Louis XVI, Paris, 2004, p. 34, fig. 11.
Jean-Charles Delafosse, Iconologie, 3e volume de l'oeuvre de Jean-Charles Delafosse, édité à Paris par Daumont en 1770.
Geneviève Levallet, « L’ornemaniste Jean-Charles Delafosse », Gazette des Beaux-Arts, 1er semestre 1929, p. 158-160
Mary L. Myers, French architectural and ornament drawings of the eighteenth century, The Metropolitan Museum of Art, New York, 1991.
Hans Ottomeyer, Peter Pröschel, Vergoldete bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, München, 1986, p. 150.

Dimensions :
Hauteur : 48 cm - 19 inches
Largeur : 36 cm - 14 ¼ inches
Profondeur : 12,5 cm - 7 ⅞ inches