Rare commode en acajou moucheté

Estampillée par Riesener et par Weisweiler.

Epoque Louis XVI.

Elle présente au centre un ressaut ainsi qu'un double encadrement en acajou. Ses côtés sont légèrement incurvés. Elle repose sur quatre pieds élégamment fuselés et cannelés. Elle est ornée de très beaux bronzes ciselés et dorés : chutes, entrées de serrure, anneaux, bagues, tablier et sabots.
Dessus de marbre blanc.

Riesener avait la particularité de faire de très beaux meubles en acajou ornés de bronzes dorés, comme les encadrements, mais également des moulures en acajou, ce qui donnait une élégance et sobriété extraordinaires aux meubles.

La double estampille de Riesener et Weisweiler atteste du recours de Riesener à la soustraitance de son confrère. L'estampille de Riesener est frappée ici à quatre reprises alors que celle de Weiseweiler n'apparait que deux fois manifestant ainsi la volonté de Riesener d'affirmer son contrôle sur la marchandise.
On retrouve cette double estampille sur un certain nombre de meubles dont, en particulier une commode similaire à celle-ci conservée au Musée Carnavalet à Paris (don de Madame Debray).

Trois commodes semblables à celle-ci, et portant des marques d'inventaire du Château de Fontainebleau où elles furent livrées en 1786, sont estampillées par le seul Weisweiler.

Jean Henri Riesener (1734-1806)

Né à Gladbeck (Westphalie), Riesener arriva à Paris vers l'âge de vingt ans et effectua son apprentissage auprès de Jean-François Oeben. A la mort de ce dernier en 1763, il reprit l'atelier pour le compte de sa veuve qu'il épousa en 1767. Reçu maître l'année suivante, il reprit l'atelier et le logement de son maître à l'Arsenal où il resta au moins jusqu'en 1798. A la retraite de Gilles Joubert en 1774, il devint ébéniste du roi et fournit le Garde-Meuble de la Couronne un nombre considérable de meubles illustrant toutes les facettes de l'ébénisterie. Il travailla non seulement pour la Cour mais pour les plus hauts personnages du Royaume : les frères du Roi, comte de Provence et d'Artois, Mesdames, filles de Louis XV, les ducs d'Orléans, de Penthièvre, de La Rochefoucauld, de Biron. Il contribua à décorer les résidences royales importantes, telles Versailles, Fontainebleau, Trianon and Marly.

Adam Weisweiler (1744-1820)

La formation de Weisweiler, né en Rhénanie, n'est pas connue. A l'instar de nombreux patriotes, il s'installa à Paris au faubourg Saint-Antoine. Puis, après être devenu maître en 1778, il connut diverses adresses parisiennes reflétant l'évolution de son ascension, qui culmina avec l'acquisition d'une ferme en 1797. L'essentiel des meubles produits par Weisweiler dut l'être pour des marchands merciers, au premier rang desquels il convient de placer Dominique Daguerre, suivi de Claude François Julliot. Par l'intermédiaire de ceux-ci il reçut des commandes de la Cour pour les appartements de Marie-Antoinette au Château de Saint-Cloud. Il travailla aussi pour la Comtesse Diane de Polignac, Marie-Caroline, Reine de Naples, le Maréchal de Castries et la Cour de Russie. En Angleterre, Weisweiler concourut à meubler Carlton House pour le Prince de Galles, futur George IV.
Après la Révolution qui n'eut pas pour lui de suites trop néfastes, il continua son activité, travaillant notamment pour Martin Eloy Lignereux, successeur de Daguerre, ou pour l'association Thomire et Duterme.
La production de Weisweiler illustre les dernières tendances du néoclassicisme avant la Révolution. Mais, à la différence de bien d'autres, ses meubles atteignent un rare degré de raffinement caractérisé par l'emploi de laques, pierres dures, porcelaines, marqueteries ou placages de racine d'if ou d'acajou, rehaussés par de magnifiques bronzes de style arabesque.
Ses dernières créations son annonciatrices du style Empire.

Au début de sa carrière (1778-1785) Weisweiler travailla en collaboration avec Riesener. On connaît un certain nombre d'oeuvres estampillées Weisweiler et Riesener.

Bibliographie :
Pierre Kjellberg, Le Meuble Français et Européen du Moyen-Age à nos jours, ill. p. 329, 2011
Jean Nicolay, L'Art et la Manière des Maîtres Ebénistes Français au XVIIIème siècle. Paris 1997.
Anne Forray-Carlier, Le mobilier du musée Carnavalet, Paris, 2000, p. 180.

Dimensions :
Hauteur : 89 cm - 35 inches
Largeur : 131 cm - 51 ½ inches
Profondeur : 59 cm - 23 ¼ inches